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Le chant d’aujourd’hui – Un certain mois de juin, à Paris (Rhapsodie 4)

La chaleur annoncée est là : les abeilles créent un tourbillon incessant devant leurs ruches, les fleurs sont écarlates, le potager joyeux et inquiet. On le sait, depuis quelques années maintenant, des pluies tropicales s’abattent sur nos têtes et remplissent nos cuves et nos arrosoirs en quelques minutes violentes. Douceur et humidité se conjuguent, rendant belle notre herbe et fous mes cheveux sensibles.
La moiteur qui me vrillait les tempes depuis ce matin vient de se déchirer; la nuit d’un coup est tombée et l’orage que j’entendais au loin frappe tambour maintenant au dessus de ma tête. Des trombes de pluie s’abattent sur la haie de seringua aux fleurs délicates, les grands arbres de la forêt semblent pris de folie : transformés en marionnettes, ils balayent le ciel noir zébré d’éclairs sous les assauts du vent.
Nous sommes rentrées à temps avec Perle, à temps pour être simples spectatrices de ce déluge projeté devant nos fenêtres par seaux entiers dans la main d’un géant. Je voudrais des rivières d’eau fraiche sur mes jambes lourdes, des gouttes d’eau claires sur mon front offert. Je voudrais à nouveau respirer sans l’étau qui essouffle chacun de mes pas depuis ce matin.
D’où venait le noir, arrive déjà le bleu. Le calme, la fraicheur. J’ouvre grand la porte. Les oiseaux pépient. Tout est propre.
Et je peux enfin reprendre Novalis. Novalis au visage d’ange et à la pensée si pure. S’il est des êtres qui ont le don d’exister, il en fut le génie. On croit lire ce qu’il a écrit, admirer et goûter ses idées, mais bien vite on se fond dans sa poésie, on se retrouve à marcher à pas furtifs derrière ses mots pour ne rien perdre de sa musique. « L’homme divise ce que la nature a uni à jamais, sépare objet et intuition, concept et image et enfin il se sépare lui-même de lui. La santé réside seulement dans l’équilibre des forces entre l’homme et la Nature. » A 22 ans il écrit « Grains de Pollen » dont il dira :  » De tous ces fragments, si un seul germe, j’aurai gagné. » Il ne pouvait trouver meilleur pseudonyme que Novalis : une terre infertile qu’il faut beaucoup travailler pour que germe la vie…
Né en 1771, il a 29 ans quand la tuberculose après lui avoir pris sa fiancée et son frère, l’emporte en quelques mois vers un au-delà qui le fascine. « Comme un sauveur aux côtés du pauvre genre humain, se tient la Mort : car sans la Mort, les plus fous seraient les plus heureux. »

C’est tout cela qui me tient souvent éveillée la nuit : l’accès au monde spirituel de la Nature que je pressens mais dont je ne parviens pas encore à trouver la porte ronde. « Un seul y parvint. Il souleva le voile de la déesse. Et que vit-il ? Il vit – merveille des merveilles – lui-même« , écrit Novalis dans les disciples à Saïs. Sur le temple d’Isis, les égyptiens avaient inscrit : « Je suis tout ce qui est, ce qui était et ce qui sera et aucun mortel n’a soulevé mon voile ». Adorer sans relâche la déesse voilée, voilà ma quête. Si simple, si commune, si extraordinaire. La nature chante et nous devons apprendre à l’écouter et à chanter avec elle. Déjà extrêmement sensible aux lieux chargés d’ombre ou de lumière, c’est cette musique aujourd’hui que je cherche. J’arpente la forêt, mon jardin et jamais ne me lasse. Je n’ai envie d’aucun ailleurs, tout est là. Il me reste à affiner mes sens, à ouvrir ma conscience, à accepter que tout soit différent de ce que je connais déjà. « Le premier pas est un regard vers l’intérieur, une contemplation de Soi. Mais celui qui s’arrête là n’est qu’à mi chemin ; le second pas doit être un regard efficace vers l’extérieur. »
Merci jeune homme furtif, je m’en vais de ce pas, le franchir.

Avec toute mon allégresse,

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