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Le chant d’aujourd’hui – « La Présence Pure » (Rhapsodie 1)

Elle était à Marseille, la ville de son enfance et se laissait envahir par la beauté éternelle du vieux port. Elle avait marché toute la journée guidée par son instinct, une odeur, une couleur. Elle avait grimpé jusqu’à la Bonne Mère et avait dévalé les marches de Saint-Charles. Assise sur un banc, elle goûtait enfin un repos mérité au cœur de la vieille ville, la main plongeant dans le cornet sucré des navettes de Saint-Victor encore chaudes. Les reflets changeants du soleil couchant teintaient de rouge les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas et zébraient la mer de souvenirs enfouis.  Elle eut soudain envie d’aller serrer dans ses bras Lisa.

Elle sonna, sonna et sonna encore. Personne ne répondait. Le besoin était si fort en elle, qu’elle décida de rompre un silence de dix ans et d’appeler Valérie.
– Allo, c’est moi, Hélène. Je suis en bas de la maison de ta mère mais personne ne répond. Que se passe-t-il ?
– Ma mère n’habite plus chez elle, elle est à l’hôpital.
– Oh, quel hôpital ? Puis-je aller la voir ?
– Tu sais elle est Alzheimer, ça ne sert à rien. En plus, elle est très violente. Mais fais ce que tu veux.

Hélène entra dans la chambre. Tout était blanc, immobile: le lit, les rideaux, les murs, les cheveux, la peau. Hélène s’arrêta, bouleversée. Elle s’approcha doucement et se mit à fredonner la chanson grecque qui avait traversé son enfance. Celle que sa mère avait apporté avec elle de ses iles lointaines, celle qui l’avait aidé à tenir debout au milieu de tant d’enfants et de bruit, celle qui lui avait permis un jour de savoir qui elle était.
A mesure qu’elle retrouvait quelques miettes des traits de la disparue, les souvenirs affluaient. Lisa c’était là où Hélène venait découvrir l’art, la musique, la peinture, c’était son havre de paix, c’était l’autre côté du mur, c’était hier, c’était il y a si longtemps déjà. En pleurant, elle continua à murmurer sa chanson au creux de l’oreille de celle qui lui avait appris à écouter le silence. Avec d’infinies précautions, elle prit la main de la vieille femme au creux de ses paumes et la berça comme un oisillon tombé du nid.

Alors Hélène, sans ouvrir les yeux, entendit « J’aimerais tant vous connaître ». Et le silence retomba.
Quand elle quitta la chambre, elle voyait, danser dans l’air, le reflet du léger sourire de Lisa. La présence pure.

« Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort, et qui est aujourd’hui parvenu à ses fins, sans comprendre qu’il s’est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce. » Ecrit Christian Bobin dans son livre la Présence Pure. Merci à tous ceux qui, comme mon amie Hélène qui m’a inspiré cette histoire, ne tiennent pas compte de cette condamnation.

2 Réponses
  • Béa
    mars 27, 2019

    Merci Isa pour cette histoire forte.
    Elle montre une fois encore que le chant, à la croisée de la musique, de la voix et des mots, est un incomparable vecteur d’émotions…d’autant plus lorsqu’il s’agit de la très belle voix d’Hélène.

  • Hélène
    mars 27, 2019

    Merci.

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