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Auprès de mon arbre, je vivais heureux.

Dernier jour de ce mois de septembre que j’aime tant. La lumière est magnifique en ce début d’automne, elle joue tout autant entre les feuilles encore vertes qu’avec celles déjà parées des feux du couchant.
Depuis un mois, j’explore plusieurs fois par jour la magnifique forêt qui borde ma maison. Je n’y étais plus allée depuis la terrible morsure du chien fou au maître ivre mort. 10 ans déjà. Années de terreur, de panique, au moindre aboiement, à l’idée même d’une possible rencontre.

C’est Perle qui m’a ramené vers les arbres sauvages. Cette petite boule d’amour, haute comme trois châtaignes, me redonne confiance. Elle sait comment s’y prendre avec ses congénères. C’est vers elle qu’ils vont désormais, petit bonjour du museau, jeux à perdre haleine si le compagnon s’avère jeune et joyeux, petit coup de dent si les choses tournent mal. La plupart passent simplement leur chemin, leur maître au même pas lent, juste derrière.
Je reprends confiance à chaque promenade : avec laisse, avec longe, avec biscuits récompense et puis soudain sans rien, la liberté d’aller et venir, savoir tranquillement revenir à la voix, pour la caresse sur le museau, pour la joie de se retrouver après ces quelques secondes d’absence. La peur semble me quitter, nous nous rassurons l’une l’autre et parcourons légères les allées bordées de géants.
Les châtaigniers sont ici depuis longtemps. Ils gardent, majestueux, un territoire de verdure et d’oiseaux. Leurs troncs massifs, noueux, supportent des branches bien plus épaisses que mon propre tronc. Le bruit que fait leurs fruits abondants en tombant met Perle en alerte, la petite patte droite relevée, le regard fixe, elle scrute le sous-bois et me regarde : « Ne t’inquiète pas, je veille, me racontent ses yeux. »
En cette saison, la forêt est envahie de familles, aux yeux bridés ou aux accents slaves, qui viennent remplir leurs sacs et caddies des châtaignes à peine sorties de leurs bogues. Il faut taper avec le pied ou un bâton pour faire surgir les triplettes, la petite au milieu, comme dans les voitures de mon enfance. Je rentre chaque jour avec deux poches bien rebondies de ces merveilles sucrées que je mange le soir avec ceux qui poussent ma porte. Les petites tribus sont encore là à ma promenade du soir, trois générations courbées en deux sur ce travail de fourmi.
Souvent je me colle au tronc de ces grands arbres, je les enlace ou je m’y frotte le dos. Je m’y sens bien, en sécurité. Ils me donnent leur force et leur sagesse, je les regarde comme des maîtres. Immobiles, ils protègent leur territoire, offrent leurs fruits, calment le pèlerin. Tout vient à eux, l’oiseau comme le chien, la pluie les nettoie, le vent les sèche. Je voudrais connaitre comme eux l’art de l’enracinement, avoir leur patience et leur générosité, me nourrir de la terre et du ciel et en même temps les relier. Rien de plus, mais rien de moins.

Avec toute ma douceur,

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