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La mélodie est dans l’arbre, l’autre partie est en nous.

Lire, écrire. Cette joie de la première lettre reste ancrée en moi. Une aube teintée de rose, toujours renouvelée. Ce que d’aucuns pourraient percevoir comme un repli, n’est autre qu’une ouverture, une nouvelle façon de respirer, plus ample.
À ma table de travail, je cherche, dans les interstices laissés par notre confinement communautaire, dans les rares moments de silence ou dans ceux que je parviens à me construire, une inspiration, une vérité, une rencontre.
Il est souvent difficile de trouver son équilibre. Tout bouge autour de nous. En vieillissant tout est plus lent. Et aussi tout est plus grand. Tout ce que je craignais, jeune femme, de voir m’échapper, devient aujourd’hui possible. C’est juste une autre facette de la liberté d’être qui peu à peu apparaît.

Ce matin les oiseaux chantaient plus fort. Cachés dans leur théâtre de verdure, il me semblait les entendre ainsi pour la première fois.

Le printemps, tellement!

JOUR

Pour faire une prairie, prenez un trèfle et une seule abeille – un seul trèfle et une abeille, et la rêverie – La rêverie seule suffira, si on manque d’abeilles.
« Est-ce que ce que j’écris est vivant ? » demandait Emily Dickinson à son éditeur qui ne l’éditait pas. Et ça lui était bien égal. Rien plutôt que toucher un cheveu des anges qu’elle dessinait, mot après mot, sur ses cahiers d’enfant sage.
« J’ai tant besoin de vous depuis que je chancèle » lettre à Sue, sa grande amie, sa belle-sœur, sa voisine, son amour sublimé.

JOUR

La pression continue – verbe au présent actif – adjectif au passif puissant –
La colère monte en moi et je m’y soumets. Ma vie intérieure est encore trop fragile. Elle se trouve à cette étape du chemin où,

Le voleur d’hiver

Étrange hiver que cet hiver sans hiver
Peut-être aurons-nous un printemps sans printemps ?
Comme si la nature nous montrait, pauvres aveugles,
Qu’il fallait commencer à se passer de l’essentiel
Puisqu’on a déjà tout piétiné.

La jonquille gisait au sol, écrasée de bêtise
Sa tige encore solidaire par quelques fibres à sa racine
Portait un bouton fermé comme un poing d’enfant
Obstiné, accusateur, impuissant.

« C’est le voleur Maman, celui qui est venu pendant la nuit
C’est là qu’il a sauté, il n’a pas vu la fleur qui poussait
Protégée par le mur, elle se croyait en sécurité
Elle aussi ».

Le voleur a piétiné, le voleur a percé, le voleur est entré
Messager du mauvais il me rappelle la face de l’envers
« Que m’a-t-on encore volé, se demande la muse
À moi dont l’enfance,

Le soleil a rendez-vous avec la lune

Le soleil brille dans les yeux de la lune
Si menue, si fragile, gracile, suspendue
Elle se cache dans l’ombre
La mère veille sans repère

Le soleil brûle et la féconde
Elle sera pleine, elle sera ronde
D’une promesse de vie
Les voisins me l’ont dit

Une étoile est née, un petit bout de fée
Ses cheveux d’ange tissent les nuages
Un rire de cristal emplit tout l’espace
Mais seule la nuit le sait

La lune a tout donné, elle n’est sure de rien
Du fond de sa nuit, elle s’est dégonflée
Un deux trois, regarde-moi, regarde-moi
Je ferai mieux la prochaine fois

Deux yeux bleus fixent du ciel
Les quais déserts, les trains ratés
Tout est noir mais rien ne dort
Le soleil brille et la lune pleure

De pierre et de plume : la visite à Nohant.

Chère grande amie,

Je suis venue te voir.
Je le sais, nous avions rendez-vous, au delà des ans, au-delà des modes, au-delà des mots.
Je veux être sincère.
Enfant, sur les bancs de l’école républicaine, « François le Champi » à la main, je m’étais endormie. Tes récits m’ennuyaient, je te trouvais fade et te préférais Balzac, Hugo, Zola. Je ne savais pas encore qu’ils étaient tes amis.
Jeune femme je t’avais fugacement croisée lors d’un séjour à Majorque. Brève, trop brève rencontre, je n’étais pas prête. Toi non plus d’ailleurs, voyage détestable avais-tu écrit alors. C’était sans appel. Les dépliants touristiques ne t’en tiennent nullement rigueur, ton nom y frappe joyeusement monnaie aujourd’hui.
En 2013, liseuse infatigable, je découvrais Becherel, la Cité du Livre bretonne, faite pour moi avec sa pluie de galettes et de livres. Je tombais par hasard sur ce que je ne savais pas que je cherchais,

Les femmes qui écrivent sont dangereuses…Anaïs Nin.

J’avais envie depuis longtemps de vous parler de deux femmes écrivaines qui sont entrées dans ma vie par la même porte : leur journal intime. George Sand et Anaïs Nin. L’une était née en 1804, l’autre en 1903, elles étaient tout à la fois femmes de leurs siècles et hors du temps : amantes passionnées autant d’hommes que de femmes, vendant pour quelques sous d’interminables lignes à des éditeurs friands de récits pour demoiselles prudes, vivant avec fantaisie une vie d’artiste libre et entourée, combattantes sincères pour la vérité et la place de la femme, muses géniales de leurs vies fascinantes.

Le premier livre que j’ai lu d’Anaïs Nin était la tranche de son journal 1931-1934, années durant lesquelles elle s’était emmêlée à la vie du couple Henry et June Miller à Paris. Son écriture m’avait bouleversée. C’était étrange pour moi, qui à l’époque ne savais pas qu’un jour j’écrirais,

Le chant d’aujourd’hui – Au clair de la lune, mon ami piano… (Rhapsodie 5)

Je m’assois au piano, les enfants sont couchés dans la pénombre, sous les toits. Je sais qu’ils écoutent, qu’ils aiment, qu’ils attendent. Je joue autant pour eux que pour moi.
Je commence par la petite musique préférée de ma fille ainée : « Maman, tu joues la musique chinoise ? », elle me la demande tout le temps. Une danse populaire de Bela Bartok, rien de très asiatique mais peu importe, c’est notre secret. La musique va emplir leurs rêves de cristal et de légèreté et installer ma journée tourbillonnante et efficace dans un hamac suspendu entre deux rives. Le pouce à la bouche, le nounours serré, le couteau sous le lit, chacun a préparé sa nuit. Je les aide à y entrer en douceur.

Je tourne les pages de ma bible musicale, comme on se promène dans une vieille maison : j’en connais toutes les pièces sans jamais me lasser.

Le chant d’aujourd’hui – Un certain mois de juin, à Paris (Rhapsodie 4)

La chaleur annoncée est là : les abeilles créent un tourbillon incessant devant leurs ruches, les fleurs sont écarlates, le potager joyeux et inquiet. On le sait, depuis quelques années maintenant, des pluies tropicales s’abattent sur nos têtes et remplissent nos cuves et nos arrosoirs en quelques minutes violentes. Douceur et humidité se conjuguent, rendant belle notre herbe et fous mes cheveux sensibles.
La moiteur qui me vrillait les tempes depuis ce matin vient de se déchirer; la nuit d’un coup est tombée et l’orage que j’entendais au loin frappe tambour maintenant au dessus de ma tête. Des trombes de pluie s’abattent sur la haie de seringua aux fleurs délicates, les grands arbres de la forêt semblent pris de folie : transformés en marionnettes, ils balayent le ciel noir zébré d’éclairs sous les assauts du vent.
Nous sommes rentrées à temps avec Perle, à temps pour être simples spectatrices de ce déluge projeté devant nos fenêtres par seaux entiers dans la main d’un géant.

Le chant d’aujourd’hui -« Construis-le, ils viendront. » (Rhapsodie 3)

Le printemps est là. La forêt se teinte d’un vert tendre qui ravit l’âme. Encore une fois, la terre, notre grosse Maman, nous pardonne tous nos péchés. Elle se vêt de neuf et de fragile devant nos yeux aveugles pour la plupart, malvoyants pour le reste.

J’ai commencé un cycle de textes sur la voix : mes rhapsodies. Je me souviens de cet atelier il y a une dizaine d’années « Vous avez trouvé une lampe. En la frottant un bon génie en sort et vous dit : dis ce que tu veux et tu l’auras, mais une seule fois ». Nous étions quarante et personne n’avait osé prendre la parole, émettre un voeu. Silence. L’animateur avait alors repris » Regardez dans quel état de stupéfaction vous êtes. Même au sein d’un groupe bienveillant et sans aucun enjeu, vous êtes muets sur vos envies ». Alors il avait choisi au hasard un homme face à lui et la ronde avait commencé à tourner dans le sens des aiguilles du temps,

Le chant d’aujourd’hui – « Celles qui attendent… » (Rhapsodie 2)

C’était l’hiver. Dans cette baie aux rivages escarpés,
quelques phoques passaient au loin, des monceaux de coquilles vides parsemaient
la plage, de rares buissons épineux luttaient contre le vent glacé.

Une vieille femme aux traits burinés, couverte d’une fourrure
ocre, regardait la mer. L’inquiétude se lisait sur son visage, illuminé de
rouge. Elle cherchait à lire, désespérément, un message dans le bleu profond de
la mer, dans la danse des nuages, dans le vol des goélands : où donc était
son fils ? Quand rentrerait-il ?
Elle savait que le temps lui était compté et espérait, en venant désormais
plusieurs fois par jour scruter la mer, accélérer le retour de celui qu’elle
attendait pour partir. « Je reviendrai Petite Mère, attends-moi »,
voilà ce qu’il lui avait dit sur la passerelle de la goélette Le bruit du vent.  Et attendre c’était ce qu’elle faisait depuis
tant de lunes qu’elle ne voulait plus ni compter ni se souvenir.