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Auprès de mon arbre, je vivais heureux.

Dernier jour de ce mois de septembre que j’aime tant. La lumière est magnifique en ce début d’automne, elle joue tout autant entre les feuilles encore vertes qu’avec celles déjà parées des feux du couchant.
Depuis un mois, j’explore plusieurs fois par jour la magnifique forêt qui borde ma maison. Je n’y étais plus allée depuis la terrible morsure du chien fou au maître ivre mort. 10 ans déjà. Années de terreur, de panique, au moindre aboiement, à l’idée même d’une possible rencontre.

C’est Perle qui m’a ramené vers les arbres sauvages. Cette petite boule d’amour, haute comme trois châtaignes, me redonne confiance. Elle sait comment s’y prendre avec ses congénères. C’est vers elle qu’ils vont désormais, petit bonjour du museau, jeux à perdre haleine si le compagnon s’avère jeune et joyeux, petit coup de dent si les choses tournent mal. La plupart passent simplement leur chemin,

Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer la rentrée ?

Le retour est toujours une étape délicate, rentrer, revoir, retrouver, et en même temps insuffler du neuf dans tout ce dont on a encore besoin.
On traverse quelques jours de grâce, où l’énergie décuplée apportée dans nos bagages nous fait ranger, nettoyer, trier en quelques heures nos semaines d’absence lointaine. Et puis le soufflet retombe et un creux au bas du ventre se fait sentir : que faire pour en sortir ? Se centrer, s’apaiser, ressentir cette étrange étape annuelle, ce passage, comme une nouvelle chance de se mieux comprendre. Oui mais comment ?
Ce matin, j’ai donné quelques miettes à mon esprit pour le canaliser et l’empêcher de battre la campagne à la recherche d’une nouvelle agitation plus belle que la précédente. Assise sur une chaise j’ai regardé des insectes voler autour d’un buisson fleuri. Après quelques secondes à peine j’ai découvert que je ne regardais plus ni le buisson ni ses petits habitants ailés.

La lune rouge nous montre le chemin, à nous d’y danser avec joie.

Cette nuit, le regard tourné vers le ciel de mes montagnes, j’ai vu la lune disparaître.
Une main gantée de noir l’a frôlée et l’a peu à peu dérobée à nos yeux.
Notre grosse dame, pleine de joie et de lumière, s’est éclipsée pour se draper de rouge de la tête aux pieds. Elle voulait mettre sa plus belle robe pour ces si rares soirées où Mars flamboyant lui donne rendez-vous.
Le bal aura duré une centaine de minutes, le plus long du XXIème siècle d’après nos savants. Étranges lois que celles de la gravitation et de l’inertie, qui permettent à quelques érudits de calculer qu’à une date où plus aucun de nos descendants ne se souviendra de plus aucun d’entre nous, le spectacle reprendra.

J’imagine les millions d’hommes répartis sur notre terre, montés sur des collines, des toits et des balcons,

Je n’ai plus à y penser, juste à le faire!

Ce matin, à 6h36, ma fille a eu 25 ans.
Je me souviens de chaque seconde de ce passage : ce jeune médecin paniqué, le cri de l’infirmière « On la perd », le masque à oxygène plaqué sur mon visage et moi, qui en même temps comprends qu’on parle de moi et n’y prête aucune attention.

Étrange destin que celui des femmes qui meurent en donnant la vie. Comme une porte violemment claquée au nez du bonheur. Continue sans moi, enfant sacré, je t’ai déjà tout donné ou bien m’as-tu tout pris, peu importe…
Et puis le ballet blanc s’agite et te ramène. Finies la suspension, l’insouciance, la légèreté. Te voici à nouveau dans la course, celle qui t’amène jour après jour à nourrir, consoler, rire, pleurer. Celle qui te propose parfois des chemins de traverse insolites après toutes ces naissances que tu as offertes au monde : ta propre renaissance,

J’écris à grand galop sur la plage du temps.

J’aime les verbes.
J’aime ce qu’ils dessinent : le temps qui passe et les milliers d’actions microscopiques que nous faisons pour rester vivants. Je conjugue à l’infini tous ceux qui me tombent sous la main: je t’aime, j’y étais, tu auras, ils partirent, elle arriva. Chacun d’eux est une promesse.

Le présent est pour moi le plus insaisissable. Et le temps d’écrire cette phrase, le présent est déjà passé. Le verbe se conjugue alors autrement, au passé composé parfois, à l’imparfait souvent, au plus que parfait jamais.

L’infinitif est le plus vaste : quoi de plus grand que galoper ? rêver ? vivre ? éternelle invitation, voyage à l’infini, questions sans réponse. Et tout ce qui est sans limite, comme les trois petits points de suspension qui se glissent si souvent dans les messages, me fait peur.

Pour moi écrire,

Les Indes Galantes – Chapitre 2 : Premiers pas sur la lune…

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Je le repère tout de suite dans la foule massée derrière les barrières de l’aéroport. Son grand corps déployé maintient son béret de l’armée indienne au-dessus des têtes brunes. Pas de doute, il est là. Pour moi. Caché derrière sa caméra, je le vois avant lui. Il ne s’attendait pas à une sortie si rapide. Signe du destin, mon minuscule sac à dos était le premier à tourner sur le tapis roulant. L’Inde est à mon diapason. Elle s’impatiente. Hadrien a le réflexe d’appuyer sur le bouton. J’ai l’impression de marcher sur la lune.

Nous nous étions rencontrés à Paris, lui étudiant en pas grand chose et moi revenue de tout le reste. Il voulait partir, sillonner le monde, se glisser dans un cargo et découvrir de nouveaux continents depuis des quais brumeux. Je l’écoutais en me demandant comment j’allais survivre à son départ. La sensibilité d’Hadrien me touchait,

24h dans la vie de Nina Simone… and I’m feeling good!!

Le soleil brille sur le jardin et donne à notre nouvelle « pelouse » un petit air de crâne rasé en résilience : de petits paillassons d’herbe apparaissent ici et là, à peine une ombre verte sur la terre grise, promesse d’un renouveau imminent. La couleur, toujours, nous précède.

Hier nous avons porté quelques chaises, quelques livres, quelques disques dans notre nouvelle cabane en bois fraichement construite. Dans l’odeur douce du bois nous avons écouté la voix chargée de vie, de colère, de beauté de Nina Simone. Cette femme-homme, cette noire-blanche, cette petite fille enfermée dans une grande dame qui, toute sa vie, a attendu un miracle extérieur, sans voir qu’elle portait elle-même ses ors vers son cercueil, concert après concert, verre après verre, coups de gueule et chagrins d’enfant entremêlés dans ce corps d’ébène. « Ma sœur ? La Callas bien sûr, pourquoi me parlez-vous de Billie Holiday,

Les Indes Galantes… Chapitre 1- Vol au dessus des nuages.

Mon amour,

19 mars, 12h30
Le voyage que j’entreprends aujourd’hui a commencé à entrer dans la réalité le 14 février dernier, le soir où tu as décidé de souffler sur les braises qui couvaient sous la cendre. De mes larmes de joie j’ai accueilli une fois de plus ce cadeau inestimable que tu me fais depuis plus de 7 ans : le cadeau de ma liberté.
Notre union est une terre d’aventure que j’arpente avec bonheur en tous sens, découvrant un peu plus chaque jour la plasticité de ses limites. Limites que j’apprends à repousser quand tout au contraire tu t’en fais un manteau confortable et douillet sous lequel ta sensibilité de celte peut enfin s’exprimer.
Je pars emplie de cette légèreté qui me fit si souvent défaut dans mon parcours de vie. Chaque petite épine, chaque petit caillou je les ai déposés sous ton regard bienveillant au bord du chemin qui mène à la simple joie d’être,

Et si on osait vraiment fêter le Gras et la Cendre ?

Cette année notre calendrier grégorien est facétieux : après avoir discrètement placé le jour de la Saint-Valentin le mercredi des Cendres, il nous accroche un poisson d’avril dans le dos le dimanche de Pâques.

J’aime ces petits clins d’œil de la vie qui nous rappellent à quel point tout doit être léger et mobile sous peine de perte de sens.

Or donc, notre fête des Amoureux a pointé son nez le mercredi d’entrée en pénitence où, depuis l’origine des temps, les hommes enduisaient leurs corps de cendres et selon les péchés avoués publiquement se trouvaient isolés de la communauté durant les 40 jours du Carême.

La veille c’était Mardi Gras, ce mardi où tout est permis, où, sous un masque, tous les débordements, rêves, passions, tensions, s’expriment en toute liberté dans la réalité. Venise en fut la grande capitale, le Carnaval y trouvait son apothéose dans les ruelles sombres comme dans les palais princiers.

J’aime quand l’hiver ressemble à l’hiver…

L’aube se lève sur un matin déjà éclairé : la terre blanche a gardé sa lumière durant toute la nuit, faisant de mon décor familier un nouveau territoire.
Depuis deux jours, les flocons sont venus un à un se poser sur les branches graciles ou massives et ont fini par avoir le dessus. Rien n’échappe à leur présence. Tout ploie comme si ces kilos de coton pouvaient avoir une autre réalité que leur extrême légèreté.

Hier je suis rentrée à pied, traversant des rues méconnaissables sous un feu nourri de boules de neige ajustées. Des adultes aux yeux brillants jouaient aux enfances d’autrefois. Les luges étaient de sortie. C’était noël sous les étoiles.

J’aime quand l’hiver ressemble à l’hiver, quand chaque période me rappelle la chance que j’ai de vivre dans la ronde des quatre saisons, avec chacune ses couleurs, ses odeurs,