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Le miracle, à l’infini.

Le poète suscite l’écriture qui ensuite le soutient et le guide dans son parcours aveugle. Ils cheminent ensemble au cœur de la forêt des mots, non pas en quête de fusion mais vers la création.
Attelée à l’écriture, c’est aussi vers elle que je vais de mon pas tantôt léger comme une plume, tantôt lourd d’incertitudes.

Ce matin dans la forêt, une pluie d’or a baigné mon visage. J’ai arpenté les chemins tapissés de feuilles, humé les effluves de champignons et de bois coupé qui saturaient l’air, traversé une féerie de couleurs déposée cette nuit par la main experte d’un automne au sommet de son art.
Les yeux levés vers le ciel, il me semblait marcher sous une voute de tableaux de Séraphine Louis. Elle me guidait dans sa galerie, lumineuse, inspirée, frémissante. Nul autre qu’elle n’aurait pu à ce point me faire ressentir le luxe de ce royaume.

Chers amis lecteurs,

Chers amis lecteurs,
Une année se termine bientôt, a-t’elle seulement commencé ? 
Parfois j’en doute.
Mais le tic-tac de l’horloge continue sa course à petits pas obstinés
Et remplace déjà le vert tendre d’un printemps kidnappé, par des ors et des pourpres.
Stupéfaite, je suis à nouveau derrière ma fenêtre à vous imaginer derrière la vôtre.

Heureusement, nous nous sommes rencontrés et c’est déjà beaucoup.
C’est un lien qui existe au-delà des parois de verre et des masques C’est une réalité que je chéris et qui me donne le sourire, au cœur de mon ermitage.
« J’ai regardé les bougies brûler
En pensant à chacun de vous, mes vivants
Mes navires qui voyagent et portent désormais au creux des yeux
Ce petit bout de terre, cette petite flamme dont je vous ai conté l’histoire »
Extrait de « Que ma voix demeure »,

Le premier jour du jeûne.

Je pratique le jeûne 1 ou 2 fois par an depuis presque 10 ans. J’ai parfois entrouvert cette porte dans mes livres sans jamais l’aborder autrement que sous un angle poétique (Terra incognita – Momig, – D’amour et d’eau fraîche – Le ventre et la plume).
A la demande d’une amie, j’ai écrit ce que le jeûne est pour moi dans la réalité. Je vous le partage aujourd’hui. C’est une simple mise en bouche, chacun trouve sa façon à lui de se ré-approprier ses sensations et la littérature ne manque pas d’ouvrages sur la question.

Dans notre monde où l’on nous fait croire que le bonheur c’est d’avoir, il faut revenir à l’être. La gourmandise, l’avidité ne sont pas de vrais désirs du corps, ce sont des problèmes de l’esprit. Notre corps ne veut jamais se remplir à ras bord : la preuve,

La mélodie est dans l’arbre, l’autre partie est en nous.

Lire, écrire. Cette joie de la première lettre reste ancrée en moi. Une aube teintée de rose, toujours renouvelée. Ce que d’aucuns pourraient percevoir comme un repli, n’est autre qu’une ouverture, une nouvelle façon de respirer, plus ample.
À ma table de travail, je cherche, dans les interstices laissés par notre confinement communautaire, dans les rares moments de silence ou dans ceux que je parviens à me construire, une inspiration, une vérité, une rencontre.
Il est souvent difficile de trouver son équilibre. Tout bouge autour de nous. En vieillissant tout est plus lent. Et aussi tout est plus grand. Tout ce que je craignais, jeune femme, de voir m’échapper, devient aujourd’hui possible. C’est juste une autre facette de la liberté d’être qui peu à peu apparaît.

Ce matin les oiseaux chantaient plus fort. Cachés dans leur théâtre de verdure, il me semblait les entendre ainsi pour la première fois.

Le printemps, tellement!

JOUR

Pour faire une prairie, prenez un trèfle et une seule abeille – un seul trèfle et une abeille, et la rêverie – La rêverie seule suffira, si on manque d’abeilles.
« Est-ce que ce que j’écris est vivant ? » demandait Emily Dickinson à son éditeur qui ne l’éditait pas. Et ça lui était bien égal. Rien plutôt que toucher un cheveu des anges qu’elle dessinait, mot après mot, sur ses cahiers d’enfant sage.
« J’ai tant besoin de vous depuis que je chancèle » lettre à Sue, sa grande amie, sa belle-sœur, sa voisine, son amour sublimé.

JOUR

La pression continue – verbe au présent actif – adjectif au passif puissant –
La colère monte en moi et je m’y soumets. Ma vie intérieure est encore trop fragile. Elle se trouve à cette étape du chemin où,

Le voleur d’hiver

Étrange hiver que cet hiver sans hiver
Peut-être aurons-nous un printemps sans printemps ?
Comme si la nature nous montrait, pauvres aveugles,
Qu’il fallait commencer à se passer de l’essentiel
Puisqu’on a déjà tout piétiné.

La jonquille gisait au sol, écrasée de bêtise
Sa tige encore solidaire par quelques fibres à sa racine
Portait un bouton fermé comme un poing d’enfant
Obstiné, accusateur, impuissant.

« C’est le voleur Maman, celui qui est venu pendant la nuit
C’est là qu’il a sauté, il n’a pas vu la fleur qui poussait
Protégée par le mur, elle se croyait en sécurité
Elle aussi ».

Le voleur a piétiné, le voleur a percé, le voleur est entré
Messager du mauvais il me rappelle la face de l’envers
« Que m’a-t-on encore volé, se demande la muse
À moi dont l’enfance,