Le chant d’aujourd’hui – « La Présence Pure » (Rhapsodie 1)

Elle était à Marseille, la ville de son enfance et se laissait envahir par la beauté éternelle du vieux port. Elle avait marché toute la journée guidée par son instinct, une odeur, une couleur. Elle avait grimpé jusqu’à la Bonne Mère et avait dévalé les marches de Saint-Charles. Assise sur un banc, elle goûtait enfin un repos mérité au cœur de la vieille ville, la main plongeant dans le cornet sucré des navettes de Saint-Victor encore chaudes. Les reflets changeants du soleil couchant teintaient de rouge les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas et zébraient la mer de souvenirs enfouis.  Elle eut soudain envie d’aller serrer dans ses bras Lisa.

Elle sonna, sonna et sonna encore. Personne ne répondait. Le besoin était si fort en elle, qu’elle décida de rompre un silence de dix ans et d’appeler Valérie.
– Allo, c’est moi, Hélène. Je suis en bas de la maison de ta mère mais personne ne répond.

Le chant d’aujourd’hui

Le chant est ce qui rassemble.
Les hommes, les âmes meurtries, les corps fragmentés, les visages flous.
Le chant comme le vent pénètre dans les failles, dans les blessures et va toucher, de son étrange vibration, une part de nous-même inconnue. Parfois, sur une simple note, alchimie subtile d’ondes nées pour ce moment-là, une porte s’ouvre et laisse passer un vieux chagrin oublié. Une vérité absolue, au confluent du « J’ai peur » et du « J’ai besoin », émerge alors et nous bouleverse. On a toujours le choix : partir en claquant la porte ou trouver le courage d’aller explorer cette fissure entre les mondes.
Quand on croit s’être défait de tout, il en reste encore et encore ; les illusions sont tenaces, les habitudes ont les doigts crochus, l’orgueil feule dans les sous-bois prêt à bondir sur notre volonté vacillante. Pourtant, cette image fugace, simple silhouette entre-aperçue,