Les Indes Galantes – Chapitre 2 : Premiers pas sur la lune…

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Je le repère tout de suite dans la foule massée derrière les barrières de l’aéroport. Son grand corps déployé maintient son béret de l’armée indienne au-dessus des têtes brunes. Pas de doute, il est là. Pour moi. Caché derrière sa caméra, je le vois avant lui. Il ne s’attendait pas à une sortie si rapide. Signe du destin, mon minuscule sac à dos était le premier à tourner sur le tapis roulant. L’Inde est à mon diapason. Elle s’impatiente. Hadrien a le réflexe d’appuyer sur le bouton. J’ai l’impression de marcher sur la lune.

Nous nous étions rencontrés à Paris, lui étudiant en pas grand chose et moi revenue de tout le reste. Il voulait partir, sillonner le monde, se glisser dans un cargo et découvrir de nouveaux continents depuis des quais brumeux. Je l’écoutais en me demandant comment j’allais survivre à son départ. La sensibilité d’Hadrien me touchait,

24h dans la vie de Nina Simone… and I’m feeling good!!

Le soleil brille sur le jardin et donne à notre nouvelle « pelouse » un petit air de crâne rasé en résilience : de petits paillassons d’herbe apparaissent ici et là, à peine une ombre verte sur la terre grise, promesse d’un renouveau imminent. La couleur, toujours, nous précède.

Hier nous avons porté quelques chaises, quelques livres, quelques disques dans notre nouvelle cabane en bois fraichement construite. Dans l’odeur douce du bois nous avons écouté la voix chargée de vie, de colère, de beauté de Nina Simone. Cette femme-homme, cette noire-blanche, cette petite fille enfermée dans une grande dame qui, toute sa vie, a attendu un miracle extérieur, sans voir qu’elle portait elle-même ses ors vers son cercueil, concert après concert, verre après verre, coups de gueule et chagrins d’enfant entremêlés dans ce corps d’ébène. « Ma sœur ? La Callas bien sûr, pourquoi me parlez-vous de Billie Holiday,