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Le chant d’aujourd’hui

Le chant est ce qui rassemble.
Les hommes, les âmes meurtries, les corps fragmentés, les visages flous.
Le chant comme le vent pénètre dans les failles, dans les blessures et va toucher, de son étrange vibration, une part de nous-même inconnue. Parfois, sur une simple note, alchimie subtile d’ondes nées pour ce moment-là, une porte s’ouvre et laisse passer un vieux chagrin oublié. Une vérité absolue, au confluent du « J’ai peur » et du « J’ai besoin », émerge alors et nous bouleverse. On a toujours le choix : partir en claquant la porte ou trouver le courage d’aller explorer cette fissure entre les mondes.
Quand on croit s’être défait de tout, il en reste encore et encore ; les illusions sont tenaces, les habitudes ont les doigts crochus, l’orgueil feule dans les sous-bois prêt à bondir sur notre volonté vacillante. Pourtant, cette image fugace, simple silhouette entre-aperçue,

4 belles soirées et un immense merci à tous!!

J’aime ces matins de brouillard blanc d’où je sais que du coton va sortir la lumière.
Quand ? Difficile à dire tant la ouate est épaisse. Mais subtilement on sent le travail des rayons d’un soleil d’hiver hésitant par dessus la couche opaque. J’imagine la joie d’un vieillard à qui l’on vient d’enlever la cataracte : tout à coup, la fenêtre aux vitres sablonneuses s’ouvre et un paysage aux couleurs franches jaillit d’une enfance oubliée.

Avant mes quatre soirées au théâtre de Sèvres, j’avais écrit à ma petite équipe « Je suis fatiguée et confuse. Pouvons-nous démêler cela à la fragile lueur de l’amour ? » Et c’est ce que nous avons fait : trier le bon grain de l’ivraie, nous mettre devant nos peurs et nos besoins de sécurité, distribuer les rôles, ajuster les distances. Rien de grave, juste des trajectoires, des intentions, des fidélités qui parfois s’entremêlent et finissent par faire des nœuds.

La chasse est ouverte : vive les sorcières!!

En ce mois de spectres et de citrouilles, une amie m’a invité à assister à un spectacle de la Compagnie « Sale Gamine » intitulé « La chasse est ouverte ». Comprenez la chasse aux sorcières. Et même la chasse à une sorcière, celle qui est devant nous, nous transformés en tribunal populaire pour l’occasion.
Une jeune femme, seule en scène, a fait résonner les murs de la maison de son talent. La fête fut belle et joyeuse autour de cette grande actrice qui incarnait à elle seule 5 personnages. Elle a transmis son énergie, sa fougue, ses questions à notre assemblée de quinquas : le sexe ça vous fait quoi ? Rien. Et vous ? Je ne me souviens plus. Et Lisa reprenait sur son accordéon son petit refrain : Fais moi mal Johnny-Johnny-Johnny, bienveillante, amusée. Et pour donner un nouvel élan, elle a ouvert grand la porte et a crié « J’aime le sexe. 

Momig pour la première fois au théâtre!!

« Tu écris et ta vie devient autre chose… J’ai besoin de temps, j’ai besoin de calme, j’ai besoin d’avancer pas à pas, et ainsi j’y parviens. Où? Peu importe, le pas est en lui-même l’ensemble du voyage. Tout peut s’arrêter à tout moment sans que je me sente dépossédée ou frustrée. Je serai simplement arrivée à bon port. »

Le 7 février 2014, alors que j’attendais la livraison de mon livre « Momig, la petite bougie », j’écrivais ces phrases dans mon journal. Comme une prédiction, un pressentiment, une prière.

Sans le savoir encore, j’étais entrée de plain-pied dans une période de lente progression où le mouvement ne pouvait s’installer qu’à petits pas. Impossible de brûler les étapes. Il me fallait tout reconstruire avec une précision et une attention qui imposait profondeur et lenteur. Emerveillée, je prenais chaque étape pour un succès,

Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer la rentrée ?

Le retour est toujours une étape délicate, rentrer, revoir, retrouver, et en même temps insuffler du neuf dans tout ce dont on a encore besoin.
On traverse quelques jours de grâce, où l’énergie décuplée apportée dans nos bagages nous fait ranger, nettoyer, trier en quelques heures nos semaines d’absence lointaine. Et puis le soufflet retombe et un creux au bas du ventre se fait sentir : que faire pour en sortir ? Se centrer, s’apaiser, ressentir cette étrange étape annuelle, ce passage, comme une nouvelle chance de se mieux comprendre. Oui mais comment ?
Ce matin, j’ai donné quelques miettes à mon esprit pour le canaliser et l’empêcher de battre la campagne à la recherche d’une nouvelle agitation plus belle que la précédente. Assise sur une chaise j’ai regardé des insectes voler autour d’un buisson fleuri. Après quelques secondes à peine j’ai découvert que je ne regardais plus ni le buisson ni ses petits habitants ailés.

La lune rouge nous montre le chemin, à nous d’y danser avec joie.

Cette nuit, le regard tourné vers le ciel de mes montagnes, j’ai vu la lune disparaître.
Une main gantée de noir l’a frôlée et l’a peu à peu dérobée à nos yeux.
Notre grosse dame, pleine de joie et de lumière, s’est éclipsée pour se draper de rouge de la tête aux pieds. Elle voulait mettre sa plus belle robe pour ces si rares soirées où Mars flamboyant lui donne rendez-vous.
Le bal aura duré une centaine de minutes, le plus long du XXIème siècle d’après nos savants. Étranges lois que celles de la gravitation et de l’inertie, qui permettent à quelques érudits de calculer qu’à une date où plus aucun de nos descendants ne se souviendra de plus aucun d’entre nous, le spectacle reprendra.

J’imagine les millions d’hommes répartis sur notre terre, montés sur des collines, des toits et des balcons,