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Le voleur d’hiver

Étrange hiver que cet hiver sans hiver
Peut-être aurons-nous un printemps sans printemps ?
Comme si la nature nous montrait, pauvres aveugles,
Qu’il fallait commencer à se passer de l’essentiel
Puisqu’on a déjà tout piétiné.

La jonquille gisait au sol, écrasée de bêtise
Sa tige encore solidaire par quelques fibres à sa racine
Portait un bouton fermé comme un poing d’enfant
Obstiné, accusateur, impuissant.

« C’est le voleur Maman, celui qui est venu pendant la nuit
C’est là qu’il a sauté, il n’a pas vu la fleur qui poussait
Protégée par le mur, elle se croyait en sécurité
Elle aussi ».

Le voleur a piétiné, le voleur a percé, le voleur est entré
Messager du mauvais il me rappelle la face de l’envers
« Que m’a-t-on encore volé, se demande la muse
À moi dont l’enfance,

Le soleil a rendez-vous avec la lune

Le soleil brille dans les yeux de la lune
Si menue, si fragile, gracile, suspendue
Elle se cache dans l’ombre
La mère veille sans repère

Le soleil brûle et la féconde
Elle sera pleine, elle sera ronde
D’une promesse de vie
Les voisins me l’ont dit

Une étoile est née, un petit bout de fée
Ses cheveux d’ange tissent les nuages
Un rire de cristal emplit tout l’espace
Mais seule la nuit le sait

La lune a tout donné, elle n’est sure de rien
Du fond de sa nuit, elle s’est dégonflée
Un deux trois, regarde-moi, regarde-moi
Je ferai mieux la prochaine fois

Deux yeux bleus fixent du ciel
Les quais déserts, les trains ratés
Tout est noir mais rien ne dort
Le soleil brille et la lune pleure

J’écris à grand galop sur la plage du temps.

J’aime les verbes.
J’aime ce qu’ils dessinent : le temps qui passe et les milliers d’actions microscopiques que nous faisons pour rester vivants. Je conjugue à l’infini tous ceux qui me tombent sous la main: je t’aime, j’y étais, tu auras, ils partirent, elle arriva. Chacun d’eux est une promesse.

Le présent est pour moi le plus insaisissable. Et le temps d’écrire cette phrase, le présent est déjà passé. Le verbe se conjugue alors autrement, au passé composé parfois, à l’imparfait souvent, au plus que parfait jamais.

L’infinitif est le plus vaste : quoi de plus grand que galoper ? rêver ? vivre ? éternelle invitation, voyage à l’infini, questions sans réponse. Et tout ce qui est sans limite, comme les trois petits points de suspension qui se glissent si souvent dans les messages, me fait peur.

Pour moi écrire,

Light is back…Et une minute de soleil en plus, une!

Et une minute de soleil en plus, une!
Voilà notre récompense pour avoir traversé ces journées un peu grises et sans goût. On a beau allumer tout ce que nous pouvons et profiter du moindre rai de lumière venu d’en haut, les jours des fins d’année retiennent leur souffle, presque jusqu’à l’asphyxie. Et nous avec. Bonne nouvelle, bonne année, janvier est là, il est grand temps de se remettre à respirer.

Cette année, j’ai profité de décembre pour me faufiler entre les heures et atteindre la nuit au plus tôt. La saison s’y prête et sans pour autant hiberner, je me suis surprise à flemmarder plus que de coutume. Même si nous avons pris l’habitude, à coup de mégawatts, de bûches dans la cheminée et de guirlandes dans le sapin, d’aller gaillardement vers le printemps, il ne faut pas oublier de profiter de l’accalmie des nuits longues,

Les oiseaux de passage font leur nid dans mes yeux…

Les oiseaux de passage font leur nid dans mes yeux
Ils y resteront le temps de reprendre leur souffle
Le temps que tu les dessines et qu’ils s’envolent
Vers d’autres lieux, d’autres cieux, d’autres yeux

Ton souci n’est pas de dessiner mais de voir
Mon souci n’est pas de voir mais de dire
Tu vas dessiner ce que je te dis
Et tu verras, sur ta toile, apparaître la vérité

La mienne, la tienne et celle des autres
Parce que de ces mille vérités que tu traces
À grands traits de couleurs rageurs
Sur la pointe de tes pinceaux les plus fins

Surgira celle que tu cherches
Ta réalité qui toujours s’enfuit
Qui te fait devenir fou
Et qui depuis la nuit des temps
Niche au fond de mes yeux…

Avec toute ma poésie,