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Le chant d’aujourd’hui

Le chant est ce qui rassemble.
Les hommes, les âmes meurtries, les corps fragmentés, les visages flous.
Le chant comme le vent pénètre dans les failles, dans les blessures et va toucher, de son étrange vibration, une part de nous-même inconnue. Parfois, sur une simple note, alchimie subtile d’ondes nées pour ce moment-là, une porte s’ouvre et laisse passer un vieux chagrin oublié. Une vérité absolue, au confluent du « J’ai peur » et du « J’ai besoin », émerge alors et nous bouleverse. On a toujours le choix : partir en claquant la porte ou trouver le courage d’aller explorer cette fissure entre les mondes.
Quand on croit s’être défait de tout, il en reste encore et encore ; les illusions sont tenaces, les habitudes ont les doigts crochus, l’orgueil feule dans les sous-bois prêt à bondir sur notre volonté vacillante. Pourtant, cette image fugace, simple silhouette entre-aperçue,

Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer la rentrée ?

Le retour est toujours une étape délicate, rentrer, revoir, retrouver, et en même temps insuffler du neuf dans tout ce dont on a encore besoin.
On traverse quelques jours de grâce, où l’énergie décuplée apportée dans nos bagages nous fait ranger, nettoyer, trier en quelques heures nos semaines d’absence lointaine. Et puis le soufflet retombe et un creux au bas du ventre se fait sentir : que faire pour en sortir ? Se centrer, s’apaiser, ressentir cette étrange étape annuelle, ce passage, comme une nouvelle chance de se mieux comprendre. Oui mais comment ?
Ce matin, j’ai donné quelques miettes à mon esprit pour le canaliser et l’empêcher de battre la campagne à la recherche d’une nouvelle agitation plus belle que la précédente. Assise sur une chaise j’ai regardé des insectes voler autour d’un buisson fleuri. Après quelques secondes à peine j’ai découvert que je ne regardais plus ni le buisson ni ses petits habitants ailés.

J’écris à grand galop sur la plage du temps.

J’aime les verbes.
J’aime ce qu’ils dessinent : le temps qui passe et les milliers d’actions microscopiques que nous faisons pour rester vivants. Je conjugue à l’infini tous ceux qui me tombent sous la main: je t’aime, j’y étais, tu auras, ils partirent, elle arriva. Chacun d’eux est une promesse.

Le présent est pour moi le plus insaisissable. Et le temps d’écrire cette phrase, le présent est déjà passé. Le verbe se conjugue alors autrement, au passé composé parfois, à l’imparfait souvent, au plus que parfait jamais.

L’infinitif est le plus vaste : quoi de plus grand que galoper ? rêver ? vivre ? éternelle invitation, voyage à l’infini, questions sans réponse. Et tout ce qui est sans limite, comme les trois petits points de suspension qui se glissent si souvent dans les messages, me fait peur.

Pour moi écrire,

Et je voudrais, si tu le permets, déjeuner en paix…

J’ai tourné hier un bouton et dans mon salon, au milieu des mots et de la musique qui y flottaient encore, j’ai reçu les Nouvelles qu’une tour de contrôle invisible avait choisi pour nous, les millions d’anonymes, en ce tout début d’année neuve, de diffuser : des monnaies de singe, des bombes, des femmes perdues, des fous aux manettes et des océans de ciels pleins de vide, Un monde entrait chez moi sans la moindre nuance de rose ou de vert.

« Hors de chez moi! ai-je crié, hors de chez moi onde malfaisante et noire. Je ne chercherai pas à te convaincre que le monde est ceci ou cela, il est, tout simplement depuis la nuit des temps, de toutes les couleurs. Je ne chercherai pas à te faire changer, j’y ai déjà usé plusieurs vies.
Debout sur des barricades, j’ai porté des étendards et des convictions à pleins poumons.

L’automne, dans le Sud…

Longue semaine pleine d’un vide intérieur. Je me croyais cette fois-ci à l’abri de telles sensations mais ma météo en creux de ces derniers temps me prouve le contraire.

Je suis épuisée, comme je le fus après Momig et après Le ventre et la plume.
À l’arrivée de chaque livre, j’ai l’impression pendant quelques temps que je ne pourrai plus ajouter une seule ligne, un seul mot, que je ne pourrai plus jamais écrire.
J’accepte cette idée aujourd’hui car elle est vraie. Elle fixe ce moment précis de l’après, elle matérialise que quelque chose de concret est arrivé : la naissance de Que ma voix demeure.
Le blues du post-partum littéraire est à nouveau là et il prend d’autant plus de place que la lumière s’enfuit à tire d’aile.

Les jours s’égrènent comme les perles d’un collier sans fin : je les vois souvent blanches mais certaines sont grises et quelques noires me rappellent les jours sombres que la vie nous réserve parfois.

Que ma voix demeure est arrivé ce matin. Je vous le confie.

« Je dois écrire pour me taire à jamais. Il est temps pour moi de déposer, comme des armes à vos pieds, les mots sur le papier. Je vous les laisse, ils sont à vous…»
Ainsi commence Que ma voix demeure, le troisième et dernier volet de ma trilogie. Je vous le confie.

Je l’avoue, j’ouvre encore une fois la poésie. Elle semble parfois n’avoir aucune limite et je ne cherche pas à résister. Elle poursuit constamment son chemin en moi. Plus loin, plus profond, plus haut. Elle m’emmène avec elle, gracieuse, en quête de cet inconnu pour lequel, tous je crois, nous vibrons.

Que ma voix demeure est ma réponse au silence, au deuil et à l’oubli.
Que ma voix demeure est un chant d’amour, une déclaration d’existence, un hymne à la vie.
Que ma voix demeure déroule au vif de ma plume la route qui mène d’une enfance catholique à une maternité juive,