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Le ravissement d’une journée de neige

La neige est arrivée. Quel bonheur de se promener dans la forêt cotonneuse. Je serais bien restée à arpenter tous ses chemins à l’infini, heureuse de découvrir ces paysages familiers revisités par la main experte d’un peintre à la palette monochrome. Ces rares journées où je me retrouve bloquée par la neige me ravissent, dans tous les sens du terme. Elles m’apportent à la fois une joie enfantine et me donnent l’impression de voler quelque chose à la routine des jours.

Quand j’utilise le mot « ravir », je pense toujours à l’extraordinaire livre de Marguerite Duras « Le ravissement de Lol. V. Stein ». Elle a été ravie elle aussi, Lola. Mais elle n’est jamais réapparue. Emerveillée d’assister au coup de foudre de son fiancé pour la belle femme qui vient d’entrer au bal.  Marquée à jamais par cet instant où, comme l’oeil plaqué au creux d’une serrure,

4 belles soirées et un immense merci à tous!!

J’aime ces matins de brouillard blanc d’où je sais que du coton va sortir la lumière.
Quand ? Difficile à dire tant la ouate est épaisse. Mais subtilement on sent le travail des rayons d’un soleil d’hiver hésitant par dessus la couche opaque. J’imagine la joie d’un vieillard à qui l’on vient d’enlever la cataracte : tout à coup, la fenêtre aux vitres sablonneuses s’ouvre et un paysage aux couleurs franches jaillit d’une enfance oubliée.

Avant mes quatre soirées au théâtre de Sèvres, j’avais écrit à ma petite équipe « Je suis fatiguée et confuse. Pouvons-nous démêler cela à la fragile lueur de l’amour ? » Et c’est ce que nous avons fait : trier le bon grain de l’ivraie, nous mettre devant nos peurs et nos besoins de sécurité, distribuer les rôles, ajuster les distances. Rien de grave, juste des trajectoires, des intentions, des fidélités qui parfois s’entremêlent et finissent par faire des nœuds.

Momig pour la première fois au théâtre!!

« Tu écris et ta vie devient autre chose… J’ai besoin de temps, j’ai besoin de calme, j’ai besoin d’avancer pas à pas, et ainsi j’y parviens. Où? Peu importe, le pas est en lui-même l’ensemble du voyage. Tout peut s’arrêter à tout moment sans que je me sente dépossédée ou frustrée. Je serai simplement arrivée à bon port. »

Le 7 février 2014, alors que j’attendais la livraison de mon livre « Momig, la petite bougie », j’écrivais ces phrases dans mon journal. Comme une prédiction, un pressentiment, une prière.

Sans le savoir encore, j’étais entrée de plain-pied dans une période de lente progression où le mouvement ne pouvait s’installer qu’à petits pas. Impossible de brûler les étapes. Il me fallait tout reconstruire avec une précision et une attention qui imposait profondeur et lenteur. Emerveillée, je prenais chaque étape pour un succès,

La lune rouge nous montre le chemin, à nous d’y danser avec joie.

Cette nuit, le regard tourné vers le ciel de mes montagnes, j’ai vu la lune disparaître.
Une main gantée de noir l’a frôlée et l’a peu à peu dérobée à nos yeux.
Notre grosse dame, pleine de joie et de lumière, s’est éclipsée pour se draper de rouge de la tête aux pieds. Elle voulait mettre sa plus belle robe pour ces si rares soirées où Mars flamboyant lui donne rendez-vous.
Le bal aura duré une centaine de minutes, le plus long du XXIème siècle d’après nos savants. Étranges lois que celles de la gravitation et de l’inertie, qui permettent à quelques érudits de calculer qu’à une date où plus aucun de nos descendants ne se souviendra de plus aucun d’entre nous, le spectacle reprendra.

J’imagine les millions d’hommes répartis sur notre terre, montés sur des collines, des toits et des balcons,

Je n’ai plus à y penser, juste à le faire!

Ce matin, à 6h36, ma fille a eu 25 ans.
Je me souviens de chaque seconde de ce passage : ce jeune médecin paniqué, le cri de l’infirmière « On la perd », le masque à oxygène plaqué sur mon visage et moi, qui en même temps comprends qu’on parle de moi et n’y prête aucune attention.

Étrange destin que celui des femmes qui meurent en donnant la vie. Comme une porte violemment claquée au nez du bonheur. Continue sans moi, enfant sacré, je t’ai déjà tout donné ou bien m’as-tu tout pris, peu importe…
Et puis le ballet blanc s’agite et te ramène. Finies la suspension, l’insouciance, la légèreté. Te voici à nouveau dans la course, celle qui t’amène jour après jour à nourrir, consoler, rire, pleurer. Celle qui te propose parfois des chemins de traverse insolites après toutes ces naissances que tu as offertes au monde : ta propre renaissance,

24h dans la vie de Nina Simone… and I’m feeling good!!

Le soleil brille sur le jardin et donne à notre nouvelle « pelouse » un petit air de crâne rasé en résilience : de petits paillassons d’herbe apparaissent ici et là, à peine une ombre verte sur la terre grise, promesse d’un renouveau imminent. La couleur, toujours, nous précède.

Hier nous avons porté quelques chaises, quelques livres, quelques disques dans notre nouvelle cabane en bois fraichement construite. Dans l’odeur douce du bois nous avons écouté la voix chargée de vie, de colère, de beauté de Nina Simone. Cette femme-homme, cette noire-blanche, cette petite fille enfermée dans une grande dame qui, toute sa vie, a attendu un miracle extérieur, sans voir qu’elle portait elle-même ses ors vers son cercueil, concert après concert, verre après verre, coups de gueule et chagrins d’enfant entremêlés dans ce corps d’ébène. « Ma sœur ? La Callas bien sûr, pourquoi me parlez-vous de Billie Holiday,