{"id":737,"date":"2017-08-09T16:57:37","date_gmt":"2017-08-09T16:57:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/?p=737"},"modified":"2017-09-03T20:36:18","modified_gmt":"2017-09-03T20:36:18","slug":"pissaro-lhumble-geant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/index.php\/2017\/08\/09\/pissaro-lhumble-geant\/","title":{"rendered":"Camille Pissarro, l&#8217;humble g\u00e9ant"},"content":{"rendered":"<p>Camille Pissarro ne savait pas qu\u2019en peignant ce qu\u2019il avait sous les yeux, il nous laissait un monde qui allait bient\u00f4t dispara\u00eetre. <strong>C\u2019est bien l\u00e0 le signe d\u2019un grand artiste : montrer le r\u00e9el avec toute la palette de son \u00e2me<\/strong>&#8230;<\/p>\n<p>Cher humble et colossal Camille,<\/p>\n<p>Trois mus\u00e9es franciliens nous ont fait cette ann\u00e9e le cadeau de pr\u00e9senter votre travail\u00a0:<br \/>\nLa paysanne surveillant sa vache<br \/>\nLe berger sous sa houppelande qui regarde la vague de ses moutons passer le col<br \/>\nLes march\u00e9s o\u00f9 chaque petit \u00e9tal raconte la vie de celui qui le tient<br \/>\nLa foire aux bestiaux o\u00f9 chacun esp\u00e8re avoir le plus gros<br \/>\nLa boniche de ferme, de bar, de bourgeois, qui balaie, t\u00eate basse, sous la table. Sur toutes ces toiles d\u00e9j\u00e0 la m\u00eame t\u00eate, la m\u00eame table, <strong>la m\u00eame attitude r\u00e9sign\u00e9e, comme un mauvais pr\u00e9sage<\/strong>\u2026<\/p>\n<p>Et toutes vos femmes avec leurs mains calleuses, taill\u00e9es comme des battoirs\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime beaucoup vos toiles, disait Durand-Ruel, votre marchand intuitif, mais je n\u2019aime pas vos mains\u00a0\u00bb. <strong>Mais vous y teniez Camille, comme je tiens \u00e0 mes mots, \u00e0 ces mains<\/strong>. Ces mains qui remuaient la terre, qui fendaient le bois, qui frappaient le linge, qui serraient le licou, qui soulevaient le foin, qui portaient le panier de pommes, qui retenaient les enfants agit\u00e9s.<br \/>\n\u00c0 Louveciennes, \u00e0 Pontoise, \u00e0 Eragny, peu importe<br \/>\nPartout les m\u00eames mains<br \/>\nPartout ces anonymes qui revenaient des champs<br \/>\nAvec en fond des chemin\u00e9es d\u2019usine qui crachaient du noir<br \/>\nUn noir qui allait bient\u00f4t tout engloutir, tout recouvrir<br \/>\nNos matins et nos soirs, nos l\u00e9gumes et nos fruits, nos poissons et nos bestiaux, nos vies.<\/p>\n<p>Quand vous \u00eates mort, mon arri\u00e8re grand-m\u00e8re avait vingt ans, elle courait sur les chemins des Pyr\u00e9n\u00e9es avec ses sabots dondaine, et ne savait pas que bient\u00f4t elle aurait une voiture, un frigo, et qu\u2019elle porterait ses chaussures du dimanche m\u00eame le lundi. Mon autre arri\u00e8re grand-m\u00e8re chantait aux veill\u00e9es, mais tout bas\u00a0: en Cilicie il ne faisait d\u00e9j\u00e0 pas bon de prier en arm\u00e9nien autour du feu, les murs ont des oreilles et certains hommes de longs couteaux.<\/p>\n<p>Vous f\u00fbtes anarchiste me dit-on, je ne vois quant \u00e0 moi dans vos tableaux, comme dans le r\u00e9cit de votre vie, <strong>qu\u2019un homme libre et tout occup\u00e9 \u00e0 son art et \u00e0 sa famille<\/strong>, qu\u2019elle soit de sang, qu\u2019elle soit de c\u0153ur : jamais chef de file mais grand fr\u00e8re pour beaucoup, ami de tous, humble pilier d\u2019un impressionnisme naissant et recherchant inlassablement la v\u00e9rit\u00e9 dans la spontan\u00e9it\u00e9.<\/p>\n<p>Je viens de passer plusieurs heures aux c\u00f4t\u00e9s de vos tableaux et je voulais vous remercier de m\u2019avoir rendu, durant ces moments b\u00e9nis, l\u2019odeur des pommes sans pesticides, des poissons aux chairs sans plomb, des veaux sans hormones et des bergers dans le lointain.<\/p>\n<p>C\u00e9zanne disait de vous\u00a0: \u00ab Il fut un p\u00e8re pour moi, c\u2019\u00e9tait un homme \u00e0 consulter et quelque chose comme le bon Dieu.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Avec toute ma reconnaissance,<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-368\" src=\"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"61\" srcset=\"https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png 300w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-483x242.png 483w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-360x181.png 360w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-600x301.png 600w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-263x132.png 263w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02.png 743w\" sizes=\"auto, (max-width: 121px) 100vw, 121px\" \/><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Camille Pissarro ne savait pas qu\u2019en peignant ce qu\u2019il avait sous les yeux, il nous laissait un monde qui allait bient\u00f4t dispara\u00eetre. <strong>C\u2019est bien l\u00e0 le signe d\u2019un grand artiste : montrer le r\u00e9el avec toute la palette de son \u00e2me<\/strong>&#8230;<\/p>\n<p>Cher humble et colossal Camille,<\/p>\n<p>Trois mus\u00e9es franciliens nous ont fait cette ann\u00e9e le cadeau de pr\u00e9senter votre travail\u00a0:<br \/>\nLa paysanne surveillant sa vache<br \/>\nLe berger sous sa houppelande qui regarde la vague de ses moutons passer le col<br \/>\nLes march\u00e9s o\u00f9 chaque petit \u00e9tal raconte la vie de celui qui le tient<br \/>\nLa foire aux bestiaux o\u00f9 chacun esp\u00e8re avoir le plus gros<br \/>\nLa boniche de ferme, de bar, de bourgeois, qui balaie, t\u00eate basse, sous la table. 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