{"id":1875,"date":"2019-10-18T09:14:48","date_gmt":"2019-10-18T09:14:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/?p=1875"},"modified":"2019-11-17T12:00:05","modified_gmt":"2019-11-17T12:00:05","slug":"les-femmes-qui-ecrivent-sont-dangereuses-anais-nin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/index.php\/2019\/10\/18\/les-femmes-qui-ecrivent-sont-dangereuses-anais-nin\/","title":{"rendered":"Les femmes qui \u00e9crivent sont dangereuses&#8230;Ana\u00efs Nin."},"content":{"rendered":"\n<p>J&#8217;avais envie depuis longtemps de vous parler de deux femmes \u00e9crivaines qui sont entr\u00e9es dans ma vie par la m\u00eame porte : leur journal intime. <strong>George Sand et Ana\u00efs Nin<\/strong>. L&#8217;une \u00e9tait n\u00e9e en 1804, l&#8217;autre en 1903, elles \u00e9taient tout \u00e0 la fois femmes de leurs si\u00e8cles et hors du temps : amantes passionn\u00e9es autant d&#8217;hommes que de femmes,  vendant pour quelques sous d&#8217;interminables lignes \u00e0 des \u00e9diteurs friands de r\u00e9cits pour demoiselles prudes, vivant avec fantaisie une vie d&#8217;artiste libre et entour\u00e9e, combattantes sinc\u00e8res pour la v\u00e9rit\u00e9 et la place de la femme, muses g\u00e9niales de leurs vies fascinantes. <br><br><\/p>\n\n\n\n<p>Le premier livre que j&#8217;ai lu d&#8217;Ana\u00efs Nin \u00e9tait la tranche de son journal 1931-1934, ann\u00e9es durant lesquelles elle s&#8217;\u00e9tait emm\u00eal\u00e9e \u00e0 la vie du couple Henry et June Miller \u00e0 Paris. Son \u00e9criture m&#8217;avait boulevers\u00e9e. C&#8217;\u00e9tait \u00e9trange pour moi, qui \u00e0 l&#8217;\u00e9poque ne savais pas qu&#8217;un jour j&#8217;\u00e9crirais, de ressentir un tel vertige \u00e0 la lecture de son intimit\u00e9 d\u00e9voil\u00e9e. Il me semblait qu&#8217;elle me volait mes mots et jonglait avec eux avec une dext\u00e9rit\u00e9 qui m&#8217;\u00e9mouvait aux larmes. Ce r\u00e9cit m&#8217;avait marqu\u00e9e au fer blanc; je l&#8217;avais pr\u00eat\u00e9 \u00e0 mon amant de l&#8217;\u00e9poque, il ne me l&#8217;avait jamais rendu.<br>Ana\u00efs \u00e9tait le miroir f\u00e9minin d&#8217;Henry, folle comme lui de l&#8217;animal sauvage, incandescent, sanguinaire qu&#8217;\u00e9tait June. Henry et June, ce couple qui n&#8217;en \u00e9tait pas un et \u00e0 travers lequel Ana\u00efs a puis\u00e9 ses plus belles \u00e9motions, ses plus belles phrases. Quand la libert\u00e9 est pouss\u00e9e \u00e0 l&#8217;extr\u00eame, elle devient une arme terrible qui ampute et fait fleurir \u00e0 coups de hache, des pans entiers de la vie des autres. &#8220;C&#8217;est pas grave, \u00e7a repoussera&#8221; susurrait June. Et c&#8217;est vrai, elle disait la v\u00e9rit\u00e9, chez elle tout repoussait, \u00e0 l&#8217;infini. Sa candeur, sa noirceur, son amour. L&#8217;abime de sa folie attirait autour d&#8217;elle tous les insectes qui venaient les uns apr\u00e8s les autres se br\u00fbler \u00e0 sa lampe qui jamais ne s&#8217;\u00e9teignait. Parce que ce que traversait June, c&#8217;\u00e9tait la nuit. Une nuit qu&#8217;elle ne quittait pas depuis l&#8217;enfance, depuis le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de la pauvre famille juive Smerdt d&#8217;une Hongrie sans futur. <br>June traversa Ellis Island \u00e0 5 ans, quitta l&#8217;\u00e9cole \u00e0 15 ans, \u00e9pousa Henry Miller de dix ans son a\u00een\u00e9 \u00e0 21 ans. Et jusqu&#8217;\u00e0 sa mort elle n&#8217;aura su \u00eatre qu&#8217;une seule et unique chose : une muse qui enflamme tout sur son passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 elle, Ana\u00efs a rencontr\u00e9 Henry. &#8220;Les \u00e9crivains font l&#8217;amour \u00e0 tout ceux dont ils ont besoin&#8221; notait-elle rigoureusement dans son journal. Cela valait autant pour elle que pour Henry et ils le savaient tous deux. De leur immense histoire d&#8217;amour sont n\u00e9es des pages sublimes chez l&#8217;un comme chez l&#8217;autre. <br>Quand j&#8217;avais lu ce livre, j&#8217;avais plong\u00e9 t\u00eate baiss\u00e9e dans leur folle romance. Parce que c&#8217;\u00e9tait cela mon th\u00e8me de l&#8217;\u00e9poque : devenir femme, laisser mon ventre s&#8217;emparer de ma t\u00eate et jouir sans retenue. Gr\u00e2ce \u00e0 Ana\u00efs, j&#8217;avais eu une furieuse envie de devenir enti\u00e8rement femme, de pousser les limites du territoire que mon \u00e9ducation, mes peurs, ma loyaut\u00e9 avaient fix\u00e9, de laisser chanter un ventre qui jusque l\u00e0 murmurait.<br>Quand je relis ce r\u00e9cit aujourd&#8217;hui, ce qui me frappe, c&#8217;est leur duo litt\u00e9raire : comment Ana\u00efs et Henry ont tour \u00e0 tour nourri et \u00e9t\u00e9 nourris de l&#8217;\u0153uvre de l&#8217;autre, de son imagination, de ses n\u00e9vroses, de son amour. Ils se sont mutuellement fait grandir. <br>Elle a vu en lui un g\u00e9ant, il l&#8217;est devenu. <br>Il a vu en elle une femme sensuelle et forte au ton unique. Elle a os\u00e9 l&#8217;\u00eatre. <\/p>\n\n\n\n<p>Henry \u00e9crira &#8220;Tropique du cancer&#8221; en 1934 pour raconter ses ann\u00e9es pass\u00e9es \u00e0 Paris, qui sera jug\u00e9 obsc\u00e8ne et censur\u00e9 en Am\u00e9rique jusque dans les ann\u00e9es 60. <br>Ana\u00efs d\u00e9cidera de ne faire publier cette tranche de son journal intitul\u00e9e &#8220;les Cahiers Secrets&#8221; qu&#8217;apr\u00e8s sa mort et celle de son mari. <\/p>\n\n\n\n<p>Avec toute ma flamme,<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-368\" width=\"188\" height=\"95\" srcset=\"https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png 300w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-483x242.png 483w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-360x181.png 360w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-600x301.png 600w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-263x132.png 263w, https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02.png 743w\" sizes=\"auto, (max-width: 188px) 100vw, 188px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&#8217;avais envie depuis longtemps de vous parler de deux femmes \u00e9crivaines qui sont entr\u00e9es dans ma vie par la m\u00eame porte : leur journal intime. <strong>George Sand et Ana\u00efs Nin<\/strong>. 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