{"id":1741,"date":"2019-03-24T18:14:35","date_gmt":"2019-03-24T18:14:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/?p=1741"},"modified":"2019-05-03T09:21:53","modified_gmt":"2019-05-03T09:21:53","slug":"le-chant-daujourdhui-rhapsodie-n1-la-presence-pure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/index.php\/2019\/03\/24\/le-chant-daujourdhui-rhapsodie-n1-la-presence-pure\/","title":{"rendered":"Le chant d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8211; &#8220;La Pr\u00e9sence Pure&#8221; (Rhapsodie 1)"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<p>Elle \u00e9tait \u00e0 Marseille, la ville de son enfance et se laissait envahir par la beaut\u00e9 \u00e9ternelle du vieux port. Elle avait march\u00e9 toute la journ\u00e9e guid\u00e9e par son instinct, une odeur, une couleur. Elle avait grimp\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 la Bonne M\u00e8re et avait d\u00e9val\u00e9 les marches de Saint-Charles. Assise sur un banc, elle go\u00fbtait enfin un repos m\u00e9rit\u00e9 au c\u0153ur de la vieille ville, la main plongeant dans le cornet sucr\u00e9 des navettes de Saint-Victor encore chaudes. Les reflets changeants du soleil couchant teintaient de rouge les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas et z\u00e9braient la mer de souvenirs enfouis.&nbsp; Elle eut soudain envie d&#8217;aller serrer dans ses bras Lisa.<\/p>\n<p>Elle sonna, sonna et sonna encore. Personne ne r\u00e9pondait. Le besoin \u00e9tait si fort en elle, qu&#8217;elle d\u00e9cida de rompre un silence de dix ans et d&#8217;appeler Val\u00e9rie.<br>&#8211; Allo, c&#8217;est moi, H\u00e9l\u00e8ne. Je suis en bas de la maison de ta m\u00e8re mais personne ne r\u00e9pond. Que se passe-t-il ?<br>&#8211; Ma m\u00e8re n&#8217;habite plus chez elle, elle est \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital.<br>&#8211; Oh, quel h\u00f4pital ? Puis-je aller la voir ?<br>&#8211; Tu sais elle est Alzheimer, \u00e7a ne sert \u00e0 rien. En plus, elle est tr\u00e8s violente. Mais fais ce que tu veux.<\/p>\n<p>H\u00e9l\u00e8ne entra dans la chambre. Tout \u00e9tait blanc, immobile: le lit, les rideaux, les murs, les cheveux, la peau. H\u00e9l\u00e8ne s&#8217;arr\u00eata, boulevers\u00e9e. Elle s&#8217;approcha doucement et se mit \u00e0 fredonner la chanson grecque qui avait travers\u00e9 son enfance. Celle que sa m\u00e8re avait apport\u00e9 avec elle de ses iles lointaines, celle qui l&#8217;avait aid\u00e9 \u00e0 tenir debout au milieu de tant d&#8217;enfants et de bruit, celle qui lui avait permis un jour de savoir qui elle \u00e9tait.<br>A mesure qu&#8217;elle retrouvait quelques miettes des traits de la disparue, les souvenirs affluaient. Lisa c&#8217;\u00e9tait l\u00e0 o\u00f9 H\u00e9l\u00e8ne venait d\u00e9couvrir l&#8217;art, la musique, la peinture, c&#8217;\u00e9tait son havre de paix, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 du mur, c&#8217;\u00e9tait hier, c&#8217;\u00e9tait il y a si longtemps d\u00e9j\u00e0. En pleurant, elle continua \u00e0 murmurer sa chanson au creux de l&#8217;oreille de celle qui lui avait appris \u00e0 \u00e9couter le silence. Avec d&#8217;infinies pr\u00e9cautions, elle prit la main de la vieille femme au creux de ses paumes et la ber\u00e7a comme un oisillon tomb\u00e9 du nid.<\/p>\n<p>Alors H\u00e9l\u00e8ne, sans ouvrir les yeux, entendit &#8220;J&#8217;aimerais tant vous conna\u00eetre&#8221;. Et le silence retomba. <br>Quand elle quitta la chambre, elle voyait, danser dans l&#8217;air, le reflet du l\u00e9ger sourire de Lisa. La pr\u00e9sence pure.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-368\" src=\"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png\" sizes=\"auto, (max-width: 121px) 100vw, 121px\" srcset=\"http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-300x151.png 300w, http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-483x242.png 483w, http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-360x181.png 360w, http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-600x301.png 600w, http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02-263x132.png 263w, http:\/\/www.auvifdemaplume.fr\/wp-content\/uploads\/2017\/05\/SIGNATURE-02.png 743w\" alt=\"\" width=\"121\" height=\"61\"><\/p>\n<p><em>&#8220;Je suis n\u00e9 dans un monde qui commen\u00e7ait \u00e0 ne plus vouloir entendre parler de la mort, et qui est aujourd&#8217;hui parvenu \u00e0 ses fins, sans comprendre qu&#8217;il s&#8217;est du coup condamn\u00e9 \u00e0 ne plus entendre parler de la gr\u00e2ce.&#8221; Ecrit Christian Bobin dans son livre la Pr\u00e9sence Pure. <\/em>Merci \u00e0 tous ceux qui, comme mon amie H\u00e9l\u00e8ne qui m&#8217;a inspir\u00e9 cette histoire, ne tiennent pas compte de cette condamnation.<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait \u00e0 Marseille, la ville de son enfance et se laissait envahir par la beaut\u00e9 \u00e9ternelle du vieux port. 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