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J’essaie de vous dire une chose si petite…

Encore un Bobin, encore une pépite, encore un livre que je n’aurai plus la chance de découvrir.
Cet homme a une façon d’agencer les mots qui nous rend beaux. Il fait de son œuvre un voyage poétique où tout se mélange et où rien n’est pareil. Quelques lignes au milieu d’une page blanche et le monde s’ouvre, ses contours sont plus nets, la joie peut enfin entrer.
Je suis en même temps envieuse et reconnaissante. Je dévore ses traits de lumière, j’en saisis un au vol et le laisse aussitôt pour accueillir le suivant, tour à tour abreuvée, assoiffée, abreuvée…Une sorte d’art de la fugue littéraire, un sommet de virtuosité et d’artisanat, Christian Bobin, Meilleur Ouvrier de France catégorie « minuscules ».
Je me promène partout avec lui. Je donne de ses nouvelles à l’escargot baveux qui court vers mes salades, à la fourmi obstinée qui monte le long du mur, croulant sous une miette de pain, à la pâquerette éclose ce matin, petit soleil née de la boue de l’hiver, aux herbes folles qui dansent le printemps revenu sous la bise de mars. Mon jardin devient si vaste tout à coup ! Christian Bobin a le don d’agrandir nos royaumes, de tout faire vivre, respirer, même les murs gris des maisons de retraite où, armé de son petit panier, il a accompagné un à un ses parents dans leur dernière gloire.
C’est grâce à lui qu’on apprend par une lettre d’Isabelle que Rimbaud est mort. C’est encore lui qui nous mène en silence dans la chambre blanche d’Emily Dickinson où par petits paquets de soleils, ses poèmes sont cousus les uns aux autres. C’est lui enfin qui, à travers ses mains d’encre et de papier, nous fait toucher à la Présence Pure, cette grâce absolue d’être vivant. « J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en vous la disant. » écrit-il dans L’homme-joie.

Chaque nuit, j’en suis certaine, il repose ses yeux. Il les lave des larmes de tous les océans pour chaque matin porter sur notre monde un regard neuf. Celui de l’enfant arrimé au réel enchanteur comme à l’unique vérité. Celui du vieillard qui veut tout laisser aussi beau et léger que possible avant de tirer doucement la porte derrière lui.
Et aujourd’hui encore une fois le mien, pour mon plus grand bonheur.
Avec toute ma douceur,

PS : bon d’accord, voici quelques titres sublimes en vrac : La folle allure, l’homme-joie, Le Très-Bas, Isabelle Bruges, La Présence Pure, La dame blanche, et tant d’autres…

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