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Les femmes qui écrivent sont dangereuses…Anaïs Nin.

J’avais envie depuis longtemps de vous parler de deux femmes écrivaines qui sont entrées dans ma vie par la même porte : leur journal intime. George Sand et Anaïs Nin. L’une était née en 1804, l’autre en 1903, elles étaient tout à la fois femmes de leurs siècles et hors du temps : amantes passionnées autant d’hommes que de femmes, vendant pour quelques sous d’interminables lignes à des éditeurs friands de récits pour demoiselles prudes, vivant avec fantaisie une vie d’artiste libre et entourée, combattantes sincères pour la vérité et la place de la femme, muses géniales de leurs vies fascinantes.

Le premier livre que j’ai lu d’Anaïs Nin était la tranche de son journal 1931-1934, années durant lesquelles elle s’était emmêlée à la vie du couple Henry et June Miller à Paris. Son écriture m’avait bouleversée. C’était étrange pour moi, qui à l’époque ne savais pas qu’un jour j’écrirais, de ressentir un tel vertige à la lecture de son intimité dévoilée. Il me semblait qu’elle me volait mes mots et jonglait avec eux avec une dextérité qui m’émouvait aux larmes. Ce récit m’avait marquée au fer blanc; je l’avais prêté à mon amant de l’époque, il ne me l’avait jamais rendu.
Anaïs était le miroir féminin d’Henry, folle comme lui de l’animal sauvage, incandescent, sanguinaire qu’était June. Henry et June, ce couple qui n’en était pas un et à travers lequel Anaïs a puisé ses plus belles émotions, ses plus belles phrases. Quand la liberté est poussée à l’extrême, elle devient une arme terrible qui ampute et fait fleurir à coups de hache, des pans entiers de la vie des autres. « C’est pas grave, ça repoussera » susurrait June. Et c’est vrai, elle disait la vérité, chez elle tout repoussait, à l’infini. Sa candeur, sa noirceur, son amour. L’abime de sa folie attirait autour d’elle tous les insectes qui venaient les uns après les autres se brûler à sa lampe qui jamais ne s’éteignait. Parce que ce que traversait June, c’était la nuit. Une nuit qu’elle ne quittait pas depuis l’enfance, depuis le départ précipité de la pauvre famille juive Smerdt d’une Hongrie sans futur.
June traversa Ellis Island à 5 ans, quitta l’école à 15 ans, épousa Henry Miller de dix ans son aîné à 21 ans. Et jusqu’à sa mort elle n’aura su être qu’une seule et unique chose : une muse qui enflamme tout sur son passage.

Grâce à elle, Anaïs a rencontré Henry. « Les écrivains font l’amour à tout ceux dont ils ont besoin » notait-elle rigoureusement dans son journal. Cela valait autant pour elle que pour Henry et ils le savaient tous deux. De leur immense histoire d’amour sont nées des pages sublimes chez l’un comme chez l’autre.
Quand j’avais lu ce livre, j’avais plongé tête baissée dans leur folle romance. Parce que c’était cela mon thème de l’époque : devenir femme, laisser mon ventre s’emparer de ma tête et jouir sans retenue. Grâce à Anaïs, j’avais eu une furieuse envie de devenir entièrement femme, de pousser les limites du territoire que mon éducation, mes peurs, ma loyauté avaient fixé, de laisser chanter un ventre qui jusque là murmurait.
Quand je relis ce récit aujourd’hui, ce qui me frappe, c’est leur duo littéraire : comment Anaïs et Henry ont tour à tour nourri et été nourris de l’œuvre de l’autre, de son imagination, de ses névroses, de son amour. Ils se sont mutuellement fait grandir.
Elle a vu en lui un géant, il l’est devenu.
Il a vu en elle une femme sensuelle et forte au ton unique. Elle a osé l’être.

Henry écrira « Tropique du cancer » en 1934 pour raconter ses années passées à Paris, qui sera jugé obscène et censuré en Amérique jusque dans les années 60.
Anaïs décidera de ne faire publier cette tranche de son journal intitulée « les Cahiers Secrets » qu’après sa mort et celle de son mari.

Avec toute ma flamme,



2 Réponses
  • Florence Closset
    novembre 17, 2019

    Merci Isabelle pour cette évocation… tu m’as donné envie de découvrir l’oeuvre d’Anaïs Nin ! je ne l’ai jamais lue, quelle erreur

    • Momig
      Momig
      novembre 17, 2019

      Merveilleux! Merci Florence pour cette confiance et cet élan. A bientôt dans le Berry ou à Paris ?

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